La communauté juive américaine a, non seulement très bien assimilé les principes de la vie politique outre-atlantique mais elle a su ingénieusement l’exploiter pour réaliser ses projets confessionnels, politique et économiques.
En effet, grâce aux efforts déployés par les juifs d’Amérique, la société américaine s’est étrangement transformée d’une société profondément antisémite à une société complètement solidaire de la cause sioniste.
Le rôle politique de la communauté juive aux Etats-Unis.
Malgré le nombre restreint de ces ressortissants par rapport au reste des communautés présents aux Etats-Unis, la communauté juive a réussi en quelques années à devenir le groupe de pression communautaire le plus actif et le plus influent sur le plan politique. Cette performance relativement récente est liée à l’apparition du mouvement sioniste en général et à la création de l’Etat d’Israël en particulier. Le sentiment d’appartenance au peuple juif universel. Uni et indissociable a poussé les juifs d’Amérique à soutenir sans condition le projet de l’établissement d’un foyer national juif en Palestine à exercer différents formes de pression sur les gouvernements occidentaux en faveur de ce projet. Ces derniers n’ont ménagé aucun soutien pour l’implantation de l’Etat sioniste au Moyen-Orient, tandis que les arabes devaient batailler seuls pour tenter de résister à Israël et de récupérer les lieux saints et les terres colonisées. Sans cet appui inconditionnel et permanent de l’occident à Israël en matière de politique, économique et militaire, l’Etat juif n’existerait plus depuis longtemps. Et c’est pour pérenniser ce soutien que la communauté juive américaine a du se transformer en un groupe de pression capable d’exercer une influence directe sur les choix politique outre atlantique.
Quels ont été les moyens mis en œuvre pour exécuter cette stratégie et atteindre pareils résultats ?
La connaissance parfaite des composantes de la société américaine
La communauté juive américaine s’est vite rendue compte qu’elle n’arriverait pas à exercer de l’influence sur la société américaine en comptant uniquement sur son effectif. L’expérience de la communauté noire était là pour le démontrer. Celle-ci, six fois plus nombreuse, lutte encore pour l’obtention de certains droits civiques, qui, sur le plan politique ne coûteraient rien aux américains.
En revanche. Les juifs d’Amérique ont perçu la sympathie du citoyen américain envers les minorités religieuses persécutées. Rappelons que les premiers migrants vers le nouveau continent étaient des protestants chassés d’Europe. Ce sentiment de solidarité envers les minorités se perpétuera tout au long de l’évolution de la société américaine. Par ailleurs, la communauté juive a compris le tempérament des habitants de chaque région des Etats–Unis à travers l’étude des flux migratoires.
Elle a remarqué que les habitants de l’est américain ont toujours été attachés à leur liberté de culte et à leur émancipation politique tandis que les populations de l’ouest ont toujours privilégié la quête vers la fortune et l’ascension sociale.
La stratégie sioniste aux Etats–Unis se base sur trois éléments essentiels :
1-l’exploitation du fort degré de croyance chez les américains
D’abord, les sionistes ont commencé par promouvoir le patrimoine religieux commun entre le judaïsme et le protestantisme majoritaire aux Etats–Unis sachant que les protestants restent profondément attachés aux enseignements de l’Ancien testament notamment en ce qui concerne la récupération d’ « Orchalim » par la force ce qui signifie, pour l’ensemble des chrétiens, le retour du règne de christ. En suite, ils veillent continuellement à mettre en exergue la culture judéo-chrétienne pour bien montrer son caractère exclusif dans le développement de la civilisation occidentale tout en attirant l’attention sur les dangers provenant de l’est islamique et des menaces qu’il représente pour l’occident. Cette stratégie a pour objectif de conquérir les cœurs des américains et les inciter à soutenir et à « protéger » l’Etat d’Israël en produisant des décisions politiques en faveur des ambitions sionistes.
Pour gagner le soutien de l’opinion publique américaine durant « la guerre des six jours » en 1967, la propagande sioniste a voulu montrer le caractère antisémite des arabes. Responsable selon elle, de la situation décadente des minorités chrétiennes pendant le règne islamique du moyen age et de la persécution de juifs « innocents » en terre de Palestine ! Le conflit de 1973 a été qualifié par la propagande sioniste de guerre sainte menée par les musulmans contre le civilisation occidentale judéo-chrétienne. Cette fois-ci, les sionistes se sont focalisés sur le principe islamique du « djihad » en insistant sur le caractère fanatique des musulmans et leur appel à l’extermination des juifs et des chrétiens. C’est ainsi, que l’appareil médiatique juif a su gagner la confiance de certains présidents à la maison blanche à l’instar de Georges Walker Bush qui a adopté le discours sioniste en déclarant être soutenu par la volonté de Dieu, comme une sorte de prophète, dans les guerres menées au Moyen Orient pour permettre aux juifs d’occuper la terre sainte et chasser l’ennemi hostile à cette présence ! Malgré tout le tapage médiatique sur la volonté des Etats-Unis à promouvoir la démocratie dans la région, l’administration américaine continue à refuser toute forme de coopération avec le gouvernement du « Hamas » pourtant issu des urnes et démocratiquement élu ! Pour une éventuelle normalisation des relations avec le gouvernement de Gaza, les américains exigent de celui-ci la reconnaissance d’Israël qui constitue pour eux la seule priorité. A croire que George W. Bush est devenu le porte parole officiel des israéliens.
Dans son discours du 31 janvier 2006 sur la politique étrangère des Etats-Unis, il promet de combattre le despotisme et la dictature dans le monde ainsi que toute idéologie extrémiste. Il ne manque pas de rappeler son opposition à toute tentative de prise de pouvoir par les mouvements islamistes radicaux en faisant référence au Hamas et à d’autres mouvements.
Ces prises de positions politiques sont les résultats des efforts déployés par l’outil de propagande sioniste qui a réussi à faire comprendre aux américains, gouvernants et gouvernés que le conflit israélo-palestinien dépasse le cadre d’un conflit purement politique car il s’agit en réalité d’un problème plus complexe d’ordre religieux et confessionnel.
Toutefois, la communauté juive américaine s’oppose à toute manipulation de la religion chrétienne dans la vie politique intérieure des Etats Unis. Elle a toujours milité en faveur d’une Amérique laïque respecte scrupuleusement le principe de séparation de l’Eglise et l’Etat.
Pour elle, l’introduction du religieux dans la vie politique constitue une menace pour l’existence juive aux Etats-Unis et un risque de retour aux situations de persécutions qu’elle a connues avant l’avènement du sionisme. C’est la raison pour la quelle les juifs d’Amérique n’ont pas suffisamment soutenu la candidature de Reagan à la présidence. Sa proximité avec le réputé pasteur Jerry Falwell n’était pas non plus appréciée à cause de ses prêches anti-laïcité mais surtout pour ses multiples appels destinés aux protestants d’Amérique les insistant à participer aux élections dans la perspective d’une vision religieuse de la société.
2- L’action auprès des communautés
Sachant que la société est composé de communauté et des groupes différents, la propagande sioniste a voulu gagner le soutien de chacun de ses groupes ethniques et culturels en développant un discours mettant l’accent sur deux idées essentielles à savoir :
- que le conflit israélo-arabe oppose une minorité aspirant à vivre en paix (les juifs) contre une majorité hostile, en l’occurrence les musulmans.
- que la communauté juive américaine, comme les autres communautés, essaye de s’intéresser aux problèmes de l’Amérique pour tenter d’y apporter des solutions.
Ce discours communautariste a pour but de rallier à la cause sioniste tous les groupes ethniques, culturels et religieux d’Amérique. Il s’agit d’un autre moyen de propagande susceptible de convaincre les américains de soutenir Israël contre « l’antisémitisme arabe » appuyé par l’athéisme l’ancien bloc communiste. Plusieurs milliers de citoyens américains se sont laissés emporter par ce discours et se sont enrôlés dans l’armée israélienne pour combattre au coté de leurs « frères juifs ». Cet appel de solidarité c’est également répercuté sur certaines lois américaines relatives à la situation des juifs en Amérique. Par exemple, les dons récoltés pour le soutien d’Israël sont exonérés d’impôts de même que les fonds destinés à financer les campagnes électorales israéliennes. De plus, un juif américain peut devenir membre d’un gouvernement ou d’un parlement étrange sans perdre sa nationalité d’origine.
-----3-l’adoption de la culture économique libérale
Aujourd’hui, les juifs d’Amérique occupent la première place rang social américain. Ils contrôlent l’activité économique du pays ce qui leur permet aisément d’agir sur le champs politique. 40% de la communauté est présent en Californie Illinois au Michigan et au Maryland.
Dans ces Etats à forte activité industrielle et à grande importance électorale, les juifs dominent l’activité économique .De manière générale, les juifs d’Amérique occupent les fonctions les plus convoitées dans la société. (Exécutif, défense, médias, professions libérales, etc.).
Ils représentent 21,8% de la classe aisée des Etats-Unis alors qu’ils ne dépassent pas 2% de la population.
Les instruments de la stratégie sioniste aux Etats-Unis
1-Les rabbins sionistes
Ces hommes de foi représentent les ambassadeurs d’Israël auprès de la société américaine travaillent conjointement avec certains hommes d’église pour diffuser la doctrine sioniste en organisant conférences et séminaires et publication de propagande dans la presse religieuse américaine. Il existe aux Etats –Unis plus de mille organisations rabbiniques dont la mission principale est soutenir l’Etat d’Israël. En 1944 déjà, ce sont les rabbins qui ont conçu le premier plan de communication destiné à produire une opinion publique américaine favorable à l’implantation des juifs en Palestine. Ces hommes défendent farouchement l’Etat sioniste. Lors d’une conférence de presse organisée en 1988 par les médias parlant au nom de la communauté juive américaine, plusieurs intervenants ont condamné les actes de violences commis par l’armée israélienne contre les palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. C’est alors que dressé agressivement le doyen de l’université juive de New York contre ces accusations. Ce rabbin a déclaré que ces évènements n’empêcheront pas la communauté juive américaine de soutenir inconditionnellement l’Etat d’Israël et son gouvernement.
2- Les médias
Plusieurs études analytiques effectuées sur le champ médiatique américain démontrent que les juifs d’Amérique utilisent les médias comme outil de propagande. Ces recherches montrent également l’alignement de la presse américaine sur les thèses sionistes notamment en période de crise opposant les arabes aux israéliens.
3-les associations et organisations juives
Ces institutions exercent une influence considérable sur le citoyen américain en lui permettant d’accéder à un certain nombre de service à caractère social. Le nombre de ces associations est assez important. Elles sont regroupées sous forme d’unions ou de fédérations pour soutenir l’Etat d’Israël. « AIPAC » est le groupe d’associations juives le plus important en matière de soutien à Israël. Crée en 1945, il a pour mission principale de mobiliser les congrès américain en faveur de la cause sioniste. La « Ligne de défense juive »est une autre organisation très active sur la scène politique américaine, el elle défend les intérêts d’Israël auprès de l’opinion publique.
En 1975, cette association avait lancé une vaste compagne contre les délégations de 72 pays membres de l’ONU pour avoir voté en faveur d’une décision de l’assemblée générale considérant le sionisme comme un mouvement raciste .Par ailleurs, le « congrès juif américain »a eu recours, la même année, aux tribunaux de Washington pour demander la suspension immédiate des accords commerciaux signés en 1973 entre le gouvernement américain et l’Arabie Saoudite. Ces associations oeuvrent également dans le sens de la détérioration des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et les pays arabes impliqués dans le conflit au Moyen –Orient.
4-Le pouvoir de l’argent
La communauté juive américaine participe généreusement au financement des compagnes électorales de tout homme politique disposé à défendre les intérêts des juifs d’Amérique et ceux d’Israël dans le monde.
5-le harcèlement des adversaires politiques.
En 1984, Charles Birssy, ancien président de la commission des relations extérieures au Sénat, fut victime d’une campagne sioniste universelle pou ses prises de position pro-palestienne. L’ancien ministre américain de la défense, James Forstal attirait l’attention de l’opinion publique sur le danger que représente l’influence sioniste sur les sphères de pouvoir aux Etats –Unis. L’homme n’a pas pu résister à la campagne d’harcèlement menée contre lui. Il s’est suicidé suite à une grave dépression nerveuse. D’autres personnalités sont traitées d’antisémites pour leur opposition au sionisme et aux organisations qui le soutiennent. C’est le cas du pasteur noir Jessy Jackson et du leader noir musulman Louis Farakan. Le responsable du centre Islamique de Los Angeles, Maher Hathor subira le même traitement. En 1988, il recevra des menaces de mort lorsque le centre commença à étudier la possibilité d’élire un musulman au Congrès et à inciter la communauté musulmane à participer au champ politique.
Les présidents n’ont pas non plus échappé à ce traitement. En 1973, Nixon s’attirera les foudres de la communauté juive américaine pour avoir tardé à débloquer les fonds de soutien aux israéliens. Les multiples pressions aboutiront à la désignation d’Henri Kissinger qui aura pour mission de transférer ces aides vers Tel-Aviv. 500 millions de dollars comme aide urgente, plus un soutien militaire et logistique conséquent.
Certains collaborateurs de présidents, connus pourtant pour leur soutien à la cause sioniste, ont subi le même sort. C’est le cas de Frederik Malek, ancien vice-président de la commission nationale au parti républicain et collaborateur de Georges Bush lors de la compagne électorale de 1988.
La communauté juive l’accusera d’antisémitisme et discrimination pour avoir dressé, en 1971, une liste de personnalités juives exerçant au ministère du travail, sur recommandation du président Nixon. D’autres collaborateurs du président George Bush seront accusées du même tord pour leur éventuelle appartenance à des organisations « hostiles », selon la presse juive américaine, à la présence juive en Amérique. Tous ces collaborateurs du président Bush seront obligés de déposer leur démission face à la pression du lobby juif américain : les déclarations et tentatives faites par force de la scène politique.
6-La religion au centre de l’activisme juif
Les juifs d’Amérique s’opposent à toute politique américaine interne se basant sur des principes religieux susceptible menacer l’identité juive ou de porter atteinte au projet d’Israël.
La référence aux arguments religieux lors des campagnes électorales n’est pas tolérée non plus. La communauté juive boycotte les candidats souhaitent s’imprégner du christianisme dans leur politique. C’est ce qui est arrivé avec les présidents Carter en 1976 et Reagan en 1980 et 1984.
Toutefois, cette exigence est exclusivement imposée aux autres communautés puisque les juifs ne s’interdisent jamais de faire référence à leur religion pour mener leurs projets. Néanmoins. Beaucoup de juifs et non juifs américains ne souscrivent pas à cette stratégie sioniste jugée très agressive. En témoignent les ouvrages et documents suivants :
- « Voyage sans frontières » de Richard Nixon
- « La propagande sioniste » de Hamid Rabiae
- « Etude analytique de la propagande sioniste » de Khalid Mahmoud Al Karmi
- « La fonction diplomatique et la propagande étrangère »- Magister- Université du Caire – Faculté de l »économie- 1976
- « L’lavage de cerveau » de Fakhri Ad-dabagh
- « Combattants contre Israël » de Dona Ladif
- « La pensée américaine conservatrice et le conflit arabo-israilien », politique étrangère, janvier 1999
- « Les tendances racistes »- Univers de la connaissance- mai 1989
- « Nos valeurs en danger » du président Carter
- « Le rôle de la religions dans la vie politique des Etats nationalistes »- doctorat- Faculté du Caire 1990
Traduction au français : Kamal Jamil (Abdelaziz Sakr-revue Al bayan n 251-juin 2008)