Noé (PBSL), prophète bien connu du Judaïsme et de la Chrétienté, possède sa propre sourate coranique (Sourate 71), d'où la place privilégiée que lui accorde l'Islam.
D’un point de vue général, l’histoire du prophète Noé (PBSL) est d'apparence similaire à celle rapportée par la Bible. Toutefois, il persiste des divergences non négligeables entre le récit biblique et coranique, qui imposent certaines clarifications. Voici donc l'histoire de prophète Noé telle que la tradition musulmane la rapporte :
La Tradition rapporte ainsi que Noé (PBSL) est le descendant du prophète Idris (PBSL), qui était son arrière grand-père et le descendant direct d’Adam.
Noé (PBSL) (ou Nuh en Arabe) est connu également en Islam sous l’appellation : « prophète de la repentance » ( Nabiy-a-tawba ) du fait de son état perpétuel de remord.
Lorsque Noé (PBSL) naquit, la Terre était déjà en proie à l’iniquité des hommes, ces derniers pris d’insouciance commencèrent à commettre tous les excès, répandant le désordre sur terre et commettant le meurtre, la fornication et l’ivresse à outrance. Ils se détournèrent ainsi de l’adoration du Dieu Unique, et devinrent de fervents idolâtres, avec la vénération de divinités païennes comme Yaghûth, Ya’ûq, Nasr, Wadd, Suwâ (1).
Dieu décida donc d’envoyer Noé (PBSL) en tant que prophète, afin de mettre en garde son peuple contre la colère Divine, et pour les ramener sur la voie droite de la soumission.
Le Coran rapporte que l’accueil que fit le peuple de Noé (PBSL) au message de ce dernier fût négatif, ils démentirent ses injonctions par orgueil tout en se refusant à croire en la véracité du message prophétique que vint leur livrer Noé (PBSL), le considérant comme un homme aliéné, et traitant le peu de gens qui le suivirent de menteurs.
Vivement pris à partie, Noé (PBSL) ne fût pas découragé pour autant, et continua à prêcher, convaincu du bien fondé de sa mission et tentant par tous les arguments possibles d’appeler les gens à la foi du Dieu Unique.
La tradition rapporte que la période de prédication « Hidaya ou Da’wa » que Noé (PBSL) investit auprès de son peuple dura plus de 1000 ans, pour un résultat décevant d’un peu plus de 80 personnes converties à son message.
(1) Surnommées divinités noachiques par les spécialistes de l’antiquité arabe.
Le Coran révèle qu'après de multiples tentatives infructueuses pour guider ses contemporains vers le chemin de la droiture, une rupture se fit alors entre Noé (PBSL) et son peuple, le prophète ayant compris que sa mission ne pourrait être menée à bien. Il maudit alors son peuple, et reçut dans le même temps de Dieu l’annonce d’un châtiment à venir du ciel, qui ne tarderait pas à frapper les habitants de la terre entière, excepté une poignée de fidèles qui le suivirent. A cela, les habitants de sa cité restèrent incrédules, préférant se complaire dans leurs péchés plutôt que revenir à la Vérité absolue.
Informé par révélation « Wah’î » d’un inévitable Déluge, Noé (PBSL) reçoit donc de Dieu l’ordre de construire un navire jusqu’alors inconnu de la civilisation humaine. Dieu transféra à son prophète le savoir faire nécessaire pour accomplir cette tâche. Le prophète travailla alors d’arrache pied jour et nuit pour la réalisation de cette œuvre navale (2).
Son peuple, à chaque fois qu’il passait devant le chantier, se moquait de Noé (PBSL) et le traitait de fou et de stupide, du fait qu'il construisait son arche sur la Terre ferme et qu’aucun point d’eau ne se trouvait à proximité du lieu de construction.
Une fois l’arche finalisée, Dieu révéla à Noé (PBSL) que cette dernière lui était destinée, ainsi qu’à ses proches, les gens qui crurent en lui, et un couple de chaque animaux vivant sur la Terre. Il existe une divergence sur le nombre de passagers humains qui accompagnèrent Noé (PBSL) dans la grande barque, ce dernier oscillant entre 50 et 80 personnes.
Dans la lignée de la tradition biblique, l’Islam enseigne lui aussi que le déclencheur du grand déluge fût la pluie : Dieu l’envoya sur Terre pendant quarante jours et quarante nuits, sans interruption. Presque instinctivement, les espèces sélectionnées du règne animal pour le grand voyage, apprivoisant la catastrophe, affluèrent d'elles-mêmes vers Noé pour que ce dernier puisse faire monter un couple de chaque espèce. La suite des événements est rapportée par Tabari dans son commentaire, par ces termes :
« Lorsque Noé (PBSL) dut faire monter le dernier animal, l’âne, ce dernier fut agrippé par Satan au niveau de sa queue, ce qui fit qu’il ne put rentrer dans l’arche, malgré tout ses efforts. Devant les tentatives désespérées de la bête d’entrer dans l’arche, Noé (PBSL) finit par perdre patience et eut des mots à l’égard de la bête qui dépassèrent sa pensée : « Allez, entre, même si Satan t’accompagne ! ». A ces mots, Satan lâcha l’âne, et ce dernier put monter dans l’arche, mais Satan se trouvait juste derrière lui, bien décidé à monter également. Noé (PBSL) l’interpella alors, lui demandant de s’en aller, mais Satan lui rappela sa parole antérieure, et put de ce fait entrer dans l’arche.
Noé (PBSL) entra dans l’arche et referma cette dernière pour se préparer au déluge. Dieu ouvrit alors les portes du Ciel et l’eau se déversa à torrent sur la Terre.
Lorsque le niveau d’eau eut suffisamment monté et que l’arche commença à flotter à la surface des eaux, Noé appela son fils Yâm, qui faisait parti des dénégateurs. Yâm refusa de monter dans l’arche, assurant qu’il pourrait éviter le déluge en se réfugiant en haute montagne. Mais l’eau continua à monter, dépassant le sommet de la plus haute montagne existante sur Terre, et le fils de Noé fut ainsi englouti avec le reste des scélérats qui avaient refusé de se soumettre à Dieu ».
Pendant six longs mois, l’arche de Noé (PBSL) vogua sur une contrée entièrement recouverte par les eaux. Ensuite, Dieu ordonna à la Terre de ravaler les eaux et l’arche se fixa sur un des versants du mont Al-Jûdi, situé selon la tradition près de la ville actuelle de Mossoul (Irak).
Noé (PBSL) regretta la perte de son fils, et invoqua la clémence Divine pour lui. A ceci, Dieu Lui rappela qu’il ne possède pas le même degré de connaissance que lui, et que de ce fait il n’était pas en mesure de juger du sort de son fils. Noé (PBSL) accepta alors l'implacable sentence divine en se repentant du doute qui venait de lui traverser l’esprit.
(2) La tradition rapporte que la construction de l’arche dura trois siècles, pendant lesquels Noé dû planter des arbres, attendre leur maturité avant de les couper pour exploiter leur bois, pour enfin construire le navire.
Le principal enseignement qui se dégage de l’histoire de Noé, est que les hommes doivent être constamment à l’écoute de Dieu, de ses commandements, et redouter le Jour ou ils comparaîtront devant lui. Cependant, en laissant Noé (PBSL) parmi son peuple pendant un nombre conséquent d’années, Dieu a fait preuve d’une miséricorde immense, en laissant au prophète le soin de prévenir son peuple du châtiment qui l’attendait s'il ne revenait pas à la vérité.
Pourtant, l’homme ayant une forte propension à la négation de toute forme d’autorité, et surtout de celle de Dieu, le peuple de Noé ne prêta donc pas attention aux conseils de son prophète, et furent de ce fait anéanti.
Quand le désordre se généralise sur terre Dieu n'hésite pas à envoyer un cataclysme planétaire pour purifier la terre des dénégateurs et rétablir l'ordre universel sur des bases saines en la qualité des personnes survivantes du « grand déluge » qui seront chargées de refonder une nouvelle ère spirituelle pour l'humanité.
Ainsi, les adeptes de la doctrine des cycles cosmiques voient dans le récit de Noé une confirmation de cette théorie selon laquelle chaque type d'humanité disposerait de son propre cycle cosmique. Ce dernier une fois arrivé à son terme d'obscuration majeur, fait infliger à la majorité des hommes « scélérats » la composant, un cataclysme local ou global (3) qui ne laisse survivre qu'une infime « élite » croyante qui a su garder intacte une certaine « tradition primordiale » (Une Sophia perennis selon Frithjof Schuon) où les acquis spirituels essentiels qu'elle conservera du cycle précédent se transmettra à l'état « pur » à un nouvel « âge d'or » de l'humanité. Age d'or qui s'obscurcira à son tour suivant une Loi bien définie au fur et à mesure que le temps passera, renouvelant ainsi indéfiniment le schéma cosmique du cycle (4).
Enfin, Noé (PBSL) ayant vécu il y a très longtemps, il est difficile de reconstituer les détails historiques de son parcours sans puiser dans d’autres sources, ce que firent les historiens musulmans. Les emprunts faits aux sources bibliques donnent alors au récit, sur certaines parties, un caractère légendaire et surnaturel, dont le musulman n’est pas tenu d’adhérer complètement. Néanmoins l'étude comparative des anciennes "traditions sacrées", notamment celles de l'hindouisme (5), concordent amplement avec les données bibliques et coraniques sur la véracité du Déluge. Ce dernier, fût donc un châtiment Divin à l’encontre d’une génération d’hommes déviants qui restèrent insouciants à l’appel du messager de Dieu, Sayiduna Nouh Allayhi Assalam.
(3) Ainsi la fin tragique des civilisations de l'Hyperborée ou de l'Atlantide que certaines traditions occidentales situent à des dizaines de milliers d'années de notre époque ne serait qu'une preuve parmi d'autres de l'éventuelle véracité de cette doctrine. Il est a signaler également que ceci n'est nullement en contradiction avec le Coran qui affirme plus ou moins la même idée dans la sourate Les bestiaux (Al-Anam) ainsi que dans d'autres passages : « N'ont-ils pas vu combien de générations, avant eux, Nous avons détruites, auxquelles Nous avions donné pouvoir sur terre, bien plus que ce que Nous vous avons donné ? Nous avions envoyé, sur eux, du ciel, la pluie en abondance, et Nous avions fait couler des rivières à leurs pieds. Puis Nous les avons détruites, pour leurs péchés; et Nous avons créé, après eux, une nouvelle génération. » Coran (6 :6)
(4) A ce propos il est également intéressant de relever le hadith prophétique suivant : « Avant adam, Dieu créa 100 000 Adam semblables. »
(5) Dans les Védas on peut lire que Satyavrata le futur Manu Vaivaswata construit, puis dirige sur les eaux, une grande arche dans laquelle seront embarqués tous les éléments nécessaires pour fonder un « nouveau monde » sur les ruines de l'ancien qui sera entièrement anéanti par un cataclysme cyclique.