La mort, étape de la vie à laquelle personne ne peut échapper, et qui continuera encore longtemps à fasciner, et préoccuper l’humanité entière.
Entre les athées qui pensent que tout s’arrête une fois arrivé à cet état physique irréversible, les bouddhistes qui eux pensent que l’âme se détache de son enveloppe matérielle pour se réincarner dans un nouveau corps et recommencer une nouvelle vie, et enfin les adeptes des trois monothéismes pour qui la vie n’est qu’une étape passagère avant la vie future (post-mortem), les avis divergent.
Mais, au-delà de la simple considération de l’existence d’une vie future après la mort, les musulmans considèrent qu’il est important pour chacun de préparer sa seconde vie du mieux qu’il peut, en ayant la meilleure conduite dans la vie présente.
Ainsi, contrairement au christianisme où la simple croyance au messie rédempteur (1) apporte le salut et la félicité éternelle et ou le purgatoire sert de « salle d’attente » en vue du paradis ; en Islam la totalité des actions entreprises par la personne durant sa vie terrestre conditionneront son passage ou non par l’Enfer ou le Paradis, d’où l’importance accordée à la mort dans la vie de tout musulman. La mort peut donc être vue comme le moment où les actes du musulman s’arrêtent et où son bilan est établi. Suivant qu’il est positif ou négatif, la personne sera rétribuée en bien ou en mal dans sa vie future.
Certains philosophes et mystiques de l'islam (Moula Sadra, Ibn Arabi…) estiment que le but de l'être humain sur terre doit être ni plus ni moins que la connaissance de Allah par la « réalisation spirituelle ». Toute personne qui se soustrait à cette réalité s'expose à la « damnation ». Si cette dernière ne peut être que transitoire dans la mesure où le séjour en Enfer ne peut être éternel comme l'affirment les savants de l'exotérisme « Ulama' a-dahir », car le châtiment doit prendre fin tôt ou tard. Car dans l'absolu, Sa miséricorde l'emporte toujours sur Sa colère, outrepassant ainsi toute notion « dualisante » du bien et du mal. Cependant il n'existe aucune polémique entre l'ésotérisme et l'exotérisme sur le fait que le Paradis n'est réservé que pour le croyant, bon agissant.
Plusieurs versets du coran, relatent le jour de la mort dans la vie de l’être humain, comme l’avènement d’une date fatidique, que nulle fortune ou échappatoire ne pourront repousser. Ainsi le mot mort (Maout’) revient 145 fois dans le Coran. Que ce soit dans des sourates courtes ou longues, la plupart de ces versets se succèdent souvent sur un ton fort alarmant, pour mettre en garde l'homme et le rappeler à sa principale vocation qui est l’adoration de Dieu, qui est le but de sa création, ainsi que sa condition d’être mortel dont les actions dans le monde ici bas ont un impact sur sa vie future.
La sourate 75 (AL-QIYAMAH), décrit les affres de la mort, et l’angoisse qui saisie le mourant au moment où son âme s’apprête à quitter son corps. Les versets se succèdent dans un rythme à la fois poétique et dramatique, imprégnant une rythmique sonore dont la fréquence rhétorique ne laisse pas indifférent donne la chair de poule à l’auditeur arabophone :
Dieu fait également état dans de nombreux versets de l’inéluctabilité d’un tel événement, auquel le croyant doit se préparer du mieux possible, afin d’éviter le châtiment dans la vie dernière :
Seul Dieu a le pouvoir de faire mourir, les êtres humains n’ont aucun pouvoir sur leur vie :
La mort fait donc partie constante de la vie du musulman, qui de ce fait la voit à la fois comme une sentence, et un acte de vérité cosmique « Al Yaqin », qu’il doit accepter, qu’il ne doit pas craindre pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle conditionne par la suite :
(1) Le dogme de la rédemption dans la chrétienté stipule que Jésus christ « Issa » est mort sur la croix, résorbant ainsi tous les péchés de l’humanité. Cette vision est réfutée catégoriquement par l’Islam qui prône le dogme de « l’homme responsable » de ses actes et non pécheur par nature. Ainsi la notion de péché originel n’existe pas en Islam.
En Islam, les martyrs « A chouhada’ » (2), bénéficient d'un statut différent face à la mort de celui des croyants ordinaires. De nombreux versets attestent ainsi du sort réservé à l’âme du martyr, qui n’est pas récupérée comme celles des autres humains, et beaucoup d'interprètes sérieux de la tradition pointent vers l'hypothèse selon laquelle les martyrs ne subissent pas réellement la mort ni ne passent par l'épreuve de la « tombe », mais qu'ils sont emportés vivant au Paradis (3).
Les martyrs bénéficient également d’un statut privilégié supplémentaire du fait qu’ils ne sont pas jugés de leurs péchés, le sacrifice qu’ils ont fait de leur vie envers Dieu effaçant toutes les fautes antérieures qu’ils auraient pu commettre.
L’agonie avant la mort est une réalité que personne ne peut nier, et d’après la tradition, la souffrance endurée par le mourrant est immense. Addad Ibn Aoss, a rapporté que l’agonie serait bien plus violente que le simple fait d’être scié en deux vivant ou d’être enfermé dans une marmite d’eau bouillante.
Même le prophète de Dieu (PBSL) a ressenti une grande souffrance avant que Dieu ne le rappelle à Lui. Aicha a d’ailleurs rapporté : « Avant de rendre son âme, le prophète de Dieu (PBSL) répétait inlassablement : « Oh Dieu facilite le passage à Muhammad » et également « Oh Dieu, toi qui la retire (l’âme) du corps, allège ma souffrance ». Il demanda également un bol d’eau dans lequel il plongea sa main bénie pour rafraîchir son visage que la douleur ravageait, en prononçant : « L’agonie de la mort est sans doute une vérité », « Ina lil mawti la sakarate » . C’est dans cet état de souffrance que le prophète de Dieu (PBSL) prononça ses dernières paroles « ALLAHOUMA RAFFIQOUL ALA » ( Vers le compagnon le très haut ) et qu’ ensuite son âme trouva refuge auprès de Dieu ».
(2) Ceux qui sont morts en combattant dans le sentier de Dieu ou ceux qui ont donné leur vie pour Dieu.
(3) Il est à signaler que les tentatives d'exégèses à propos de ces versets restent un sujet à débat entre les savants de l'islam.
L’ange de la mort est une créature céleste chargée de récupérer l’âme du défunt une fois que ce dernier rend son dernier souffle. La tradition enseigne qu’en dehors des deux Anges Nakir et Mounkir chargés de poser les 3 questions (4) au défunt juste après sa mise au tombeau, il est décerné pour chaque être humain un ange de la mort chargé de récupérer son âme le jour de sa mort. Ce dernier ce prénomme Azrael.
D’après un récit rapporté par Abdallah Ibn Massoud : Dieu, avant d’envoyer l’Ange de la mort récupérer l’âme d'un croyant, lui ordonne de porter ses salutations au croyant.
Anas Ibn Malik rapporte que le prophète de Dieu (PBSL) a dit de l’Ange de la mort que lorsque ce dernier vient récupérer l’âme d’un bon musulman, il salue ce dernier en prononçant le nom de Dieu, puis lui dit : « Tu peux maintenant quitter cette demeure que tu n’aimes pas pour venir habiter dans celle que tu as embellie de tes prières ».
Ainsi, la récupération de l’âme se fera doucement ou violemment suivant la nature des personnes; dans le cas du bon croyant, l’Ange retirera l’âme a partir de la nuque et celle-ci coulera telle une goûte d’eau. On raconte que Muhammad (PBSL), voyant l’Ange de la mort s’approcher du corps d’un Ansari (5), lui dit : « Soyez doux et bon avec mes disciples », ce à quoi l’Ange aurait répondu « Soyez sans crainte, car je n’agis qu’avec douceur lorsqu’il s’agit de vrai croyant ».
En revanche, dans le cas du mécréant, l’âme est arrachée violemment du corps, comme signe précurseur du châtiment qui l’attend dans l’au-delà :
Ils sont très précis en Islam, et suivent un ordre défini par le prophète (PBSL) lui-même, que voici :
1- Une fois la mort attestée, il est impératif de fermer la bouche du défunt, de lui bander la bouche pour la maintenir fermée, et d’attacher les jambes ensemble.
Un drap blanc doit ensuite couvrir le corps.
2- Consoler « Taziyah » la famille du défunt est un devoir pour chaque musulman ayant connu la victime, de même que les assister jusqu’à ce que leur peine s’estompe.
3- L’enterrement doit être rapide, et prévenir les parents et les amis du défunt est une obligation afin que la mise en terre soit rapide et aussi pour éviter toute attente inutile. Les proches et amis doivent faire à manger pour la famille du défunt, durant trois jours suivant son décès.
4- Le lavage du corps du défunt doit être pris en charge par les proches parents. S’il s’agit d’un homme, c’est aux hommes de procéder à la toilette du défunt, et inversement s’il s’agit d’une femme. La seule exception provient des époux qui peuvent laver le corps de leur conjoint décédé, de même que les parents et enfants peuvent laver le corps du défunt indépendamment du sexe de ce dernier. En cas d’impossibilité de trouver quelqu’un de la famille pour laver le corps, une personne pieuse et de confiance est choisie pour mener à bien la tâche.
5- Une fois le lavage de la dépouille effectué, cette dernière doit être enveloppée dans trois draps blancs pour un homme et de cinq pour une femme.
6- La prière funèbre doit ensuite être accomplie, dans une mosquée ou un funérarium. Durant cette dernière, le cercueil est posé devant l’imam qui conduit la prière.
A la différence de la prière ordinaire « Salat’ », la prière funèbre s’effectue debout (6); elle intègre la glorification de Dieu, la récitation de ses louanges, les bénédictions sur le prophète de Dieu (PBSL) et des invocations en faveur du défunt et de sa famille.
7- Le corps du défunt est ensuite amené au cimetière. La procession funèbre doit se faire dans le silence solennel, afin de méditer sur la mort et sur la fragilité de la vie. Lors de la descente du corps dans la tombe, la prière suivante est prononcée : « Bismillâh, wa `alâ millat rasûlillâh sallâ Allâhu `alayhi wa sallam. Minhâ khalaqnâkum wa fihâ nu`îdukum wa minhâ nukhrijikum târatan ukhrâ »; (Au nom de Dieu et sur la voie du Messager de Dieu (PBSL). C’est d’elle que Nous vous avons créés, et c’est en elle que Nous vous ferons retourner, et d’elle encore que Nous vous ferons sortir une fois de plus).
8 – Trois poignées de terre sont ensuite jetées sur la tombe en répétant cette prière une nouvelle fois. Une fois la tombe recouverte de terre, d’autres prières sont récitées pour implorer la miséricorde divine sur le défunt.
9 – Ensuite, tous doivent faire leur adieu au défunt et lui souhaiter de reposer en paix ainsi qu’à tous ceux qui reposent au sein du cimetière. La phrase prononcée peut être de cette forme : « Que la paix soit sur vous. Vous êtes les précédents, nous vous rejoindrons un jour à notre tour par la volonté de Dieu. Que Dieu vous pardonne vos fautes ainsi qu’à nous tous ».
10 – Enfin, La visite périodique des tombes et la récitation de prières en faveur du défunt est une pratique conseillée (7).
(4) Le prophète Muhammad (PBSL) a rapporté dans un hadith que les questions posées par les deux anges étaient : Quelle est ta religion ? Qui est ton Dieu ? Qui est ton Prophète ? Voir notre article sur la « Tombe » en Islam >>
(5) Nom arabe tiré du verbe « Nasr » (triomphe), attribué aux habitants de Médine qui ont soutenu Muhammad (PBSL) alors persécuté par les Quraychites de la Mecque.
(6) Le geste de génuflexion ainsi que celui de prosternation sont absents de cette prière pour gommer toute confusion de culte de la personne ou d’adoration d’autre que Dieu, qui s’apparente à de l’association en Islam « Sh’irk » (péché impardonnable). Pour les musulmans, seul Dieu mérite une prière avec les gesticulations mentionnées plus haut.
(7) Cette pratique fut interdite pendant un temps par le prophète (PBSL) au début de l’Islam pour les mêmes raisons évoquées dans la note précédente.