Qu’est-ce que l’Art Islamique ?

Qu’est-ce que l’Art Islamique ?

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Le terme « art islamique » ne décrit pas seulement l’art créé spécifiquement au service de la foi musulmane (comme une mosquée et ses ameublements) mais caractérise également l’art et l’architecture qui furent produites en terre d’islam, produits à partir de modèles islamiques, ou créés par des artistes musulmans. Comme dans toute civilisation traditionnelle, l’art islamique se développa suivant deux axes distincts : un axe lié étroitement à la doctrine religieuse et à la philosophie issue de l’islam et un autre plus lié aux sciences profanes. Si ces deux axes paraissent distincts à première vue, ils convergent en réalité tout deux vers un point commun qui est « la quête de l’unicité dans l’art ».

L’Islam n’étant pas seulement une religion mais également un art de vivre, il a contribué depuis son apparition et jusqu’à l’apogée de sa civilisation au développement d’une culture distincte avec son langage artistique propre qui se reflète aussi dans l’art et dans l’architecture toujours visible de nos jours dans le monde musulman.

Bénéficiant d’une grande répartition géographique et d’une grande histoire, l’art islamique fut inévitablement sujet à un large éventail de styles et d’influences suivant la région où ce dernier vit le jour et se développa pour la première fois. Si ces styles changèrent au cours des diverses périodes qu’a traversée l’histoire de l’islam, ils ne perdirent jamais leur uniformité principielle. A la différence de l’art moderne, l’art traditionnel musulman a toujours gardé son identité propre et ses qualités intrinsèques ; à la manière de la religion musulmane qui prône une façon de vivre universelle et sert ainsi de force de cohésion entre les ethnies et les cultures de peuples divers, l’art produit par et pour les sociétés musulmanes possède aussi son identité et ses caractéristiques uniques.

Ainsi, les quatre composants de bases de l’art ornemental islamique sont les motifs géométriques, la représentation figurative (1), ainsi que la calligraphie et les motifs végétaux (2)

S’il ne fallait retenir qu’une chose de l’art islamique, c’est que ce dernier, dès ses premières expressions, a fait preuve d’une telle originalité et d’un tel génie, qu’il s’est immédiatement détaché de tout les autres formes d’art qui l’avait précédé de la façon la plus nette qu’il soit. L’Islam, en tant qu’ultime révélation divine s’est aussi manifestée à travers l’art sous une forme d’expression à la fois esthétique et contemplative, tout en sachant respecter les limites posées par le Coran et la Sunna (tradition prophétique).

Sous les Omeyyades (661-750)

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La période Omeyyade est souvent considérée comme la période formative de l’art en islam. Certains chercheurs en Art Islamique s’autorisent même à dire que c’est sous le califat des Omeyyades que l’art musulman détermina les grandes lignes de son esthétique propre, étala son identité et précisa ses fonctions spirituelles et sociales.
Même si l’Arabe devint la langue officielle et l’Islam la religion principale des divers pays unifiés sous la dynastie Omeyyade, ces derniers gardèrent leurs propres méthodes architecturales pré-établies issues d’autres civilisations antéislamiques. La principale influence artistique vint de la tradition classique et naturaliste de l’antiquité, qui était prévalente sur les rives Est de la Méditerranée. Les méthodes formelles développées par les Byzantins et les Sassanides vinrent s’y additionner, ce qui contribua à affecter les métaux et tissus utilisés et apporta la représentation d’animaux, végétaux et de motifs figuratifs. Dans le domaine architectural, on peut citer en exemple les splendides résidences de souverains omeyyades en Syrie où abondent les représentations d’animaux et de végétaux de toutes sortes.

Cependant, avec le temps, les artistes développèrent de nouvelles techniques, de nouvelles formes et conventions décoratives qui distingua leurs travaux de ceux de leurs prédécesseurs. Ainsi, à travers un processus d’adoption, d’adaptation et de création, un nouveau sens d’expression artistique émergea à la fin de la dynastie Omeyyade, et c’est ce dernier qui contribuerait à distinguer ce qui est Islamique de caractère de ce qui ne l’est pas.

Parmi les constructions représentatives de la période Omeyyade, on trouve le dôme du rocher à Jérusalem (construit en 691), qui sera achevé sous le mécénat du calife Abd Al-Malik (685-705). Ce dernier dispose d’un style typiquement byzantin, mais témoigne également d’un esprit propre à l’art islamique par l’harmonie générale qui se dégage de ses lignes et de sa conception en générale.

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La grande mosquée de Damas (également appelée Mosquée des Omeyyades) fut elle construite sur le site d’un ancien temple grec antique. Bâtie au début du VIIIème siècle de notre ère par le calife Al-Walid, elle réutilise les éléments de l’ancien édifice, tout en respectant scrupuleusement la disposition exacte des lieux de la première mosquée de l’Islam bâti à Médine, appelée aussi « mosquée du prophète » el-masjid-anabawi. Et si l’on peut admirer à travers ses nombreuses mosaïques des paysages et villes sorties de l’imagination collective de l’époque, aucuns motifs animales ou humains n’est présent, garant du respect d’une injonction traditionnelle qui veut que seuls les corps ne projetant pas d’ombre soient représentés dans les mosquée.

Sous les Abbassides (750-1258)

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Sous le califat Abbasside, le centre politique et culturel de l’Islam se déplaça de Syrie vers l’Irak, où la ville de Bagdad fut fondée en 762 par le calife abbasside al-Mansur. Une autre ville située au Nord de Bagdad, Samarra’, joua également un rôle très important dans ce qui est considéré comme l’âge d’Or de la période Abbasside, et qui s’étalera sur trois siècles. Durant cette période, un style distinctif d’art émergea et de nouvelles techniques se développèrent, pour ensuite se répandre dans tout le territoire musulman et influencèrent grandement l’art et l’architecture islamique.

Ces deux villes, associées à une nouvelle tendance artistique et architecturale, imposèrent donc un nouveau style au monde musulman. Du fait qu’il ne reste malheureusement que très peu de traces du règne Abbasside à Bagdad, seul le site de Samarra est particulièrement significatif pour apprivoiser la teneur des réalisations Abbassides de l’époque.

Ce fut aussi à Samarra qu’une nouvelle méthode pour sculpter les surfaces fit son apparition : le fameux « biseautage », ainsi que la répétition de figure géométrique abstraite et de formes pseudo-végétales, qui seraient plus tard connues sous le nom d’ « arabesque ». Ces derniers furent largement utilisés pour la décoration des murs, mais devinrent également populaires sur d’autres supports comme le bois, la métallurgie, et la poterie. Dans ce dernier domaine d’ailleurs, Samarra utilisa de façon extensive la couleur pour la décoration, et introduisit probablement pour la première fois la technique de la peinture lustrée sur verre blanc.

Sous les Fatimides (909-1171)

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L’opulence de la cours Fatimide contribua grandement à la renaissance de l’art décoratif, qui fit du Caire le centre culturel le plus important du monde islamique. Non-loin, le vieux Caire, connu sous le nom de Al-Fustat qui devint le centre majeur de production de poterie, verrerie, de métallurgie, de quartz, d’ivoire et de bois gravés ; les centres de production de textiles dirigées par des officiels du gouvernement fabriquèrent le tissu appelé « tiraz » du nom du calife de l’époque.

Une nouveauté fut l’utilisation de bandes représentant de petits animaux et d’inscriptions dans la majorité des productions textiles, alors qu’elles étaient auparavant spécifiques à la poterie. L’utilisation du quartz, extrait des carrières, démontre l’aussi ingéniosité et les efforts déployés par les califes afin d’enrichir l’art islamique.

La créativité des artisans Fatimides sont également visible via l’utilisation de peinture lustrée sur la céramique, technique originaire d’Iraq et de Syrie, et réutilisée en Egypte plus tard. Certaines pièces de céramiques sont même signées par leur auteur.

La gravure sur bois et la joaillerie sont également pratiquées avec autant de talents et d’inventivités. Les artistes Fatimides créèrent de nouveaux motifs décoratifs et utilisèrent grandement les formes figuratives, aussi bien humaines qu’animales. Les figures sont stylisées, mais vivantes, alors que les traditionnelles végétaux et décoration géométriques conservent leurs côtés abstraits.

Sous les Almohades (1147-1269)

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Les réformes religieuses effectuées sous le règne des Almohade firent de Marrakech et de Séville les centres islamiques de savoir et de grande ouverture vers le monde. Dans l’art Almohade, un style rigoureux montre l’augmentation de la schématisation des ornements et l’enchainement continu de motifs géométriques encore utilisés de nos jours en occident. La grande mosquée et le minaret appelé « La Giralda », construits à Séville, sont un paradigme du style Almohade. Dans l’Afrique du nord, le développement architectural est visible encore à travers les murs de la ville de Fez, Rabat et de Marrakech, sans oublier les mosquées de Taza (1142), le Kutubiyya (Marrakech, 1147-48), Tinmal (1153-54), la Qasba (Marrakech, 1195), et Hassan (Rabat, 1199, inachevée).

Sous les Mamelouks (1250-1517)

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Le règne des Mamelouks fut marqué par une éclosion phénoménale de l’art islamique en Egypte, et notamment dans la région du Caire. La ferveur religieuse qui y régnait alors contribua grandement à la construction de nombreuses mosquées, dont la beauté firent de la ville, selon Ibn Khaldun : « Le centre de l’univers et le jardin du Monde ».

Le style Mamelouk a ceci de particulier que chaque mosquée édifiée reflète les gouts architecturaux du sultan qui a contribué à sa construction. Aussi il n’est pas rare de voir de nombreuses différences de conceptions entre les établissements. De même, contrairement à la dynastie des Timurides ou des Ottomans, qui se concentrèrent davantage sur des chantiers colossaux, les mécènes mamelouks préférèrent multiplier les chantiers de construction. Ce choix fut également politique, car il permis aux souverains de renforcer leur influence sur le plan aussi bien social que religieux auprès de la communauté musulmane.

Une autre spécificité de l’art religieux mamelouk concerne l’attention portée au dôme funéraire et au minaret de chaque mosquée, par rapport aux autres aspects architecturaux du bâtiment. En effet, à cette époque, et plus particulièrement au Caire, le dôme funéraire et le minaret été grandement respectés comme symboles de commémoration religieuse et d’adoration. L’individualité et les préférences de chaque mécène se retrouvèrent donc marquées dans le style à appliquer à chaque dôme et chaque minaret construit. Parmi les styles architecturaux utilisés pour la décoration, on remarque la forte utilisation des stucs et des gravures en zig-zag, ainsi que les motifs floraux et géométriques en étoile. A titre d’exemple, le dôme funéraire de la mosquée d’Aytimish al-Bajasi, et le dôme du mausolée des fils du sultan Qaytbay (1416-1496) témoignent amplement de la diversité et du détail apporté à l’architecture mamelouk.

Sous les Ilkhanides (1256-1335)

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Sous la dynastie des Ilkhanid (fondée par Hulegu Khan, petit-fils de Gengis-Khan), les arts décoratifs, que ce soit dans le domaine textile, de la poterie, de la métallurgie, de la joaillerie, de l’enluminure de manuscrit ou de l’illustration, continuèrent à se développer davantage. L’art du livre, à travers l’enluminure et l’illustration de manuscrits religieux et de texte séculaires, devint l’un des objets majeurs de la production artistique.

Bagdad redevint également un important centre culturel rayonnant. Dans le domaine de l’art illustratif, de nouvelles idées et de nouveaux motifs furent introduits dans le répertoire de l’artiste musulman, incluant une altération de la représentation de l’espace pictural issu de l’art chinois, ainsi que l’utilisation de motifs tels que les lotus ou les paons, les bandes de nuages, les dragons et les phénix issus de la culture asiatique. Parmi les sujets populaires, financés également par la court royal, est inclut le Shahnama (Livre des Rois), le fameux récit épique Persan de l’époque Sassanide. De plus, l’utilisation massive du papier et des textiles contribua au transfert rapide des nouveaux motifs d’un médium à un autre.

Sous les Timurides (1405-1507)

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Par son apport de nombreux artisans provenant des diverses contrées acquises à sa capitale, Samarkand, les Timurides initièrent l’une des périodes les plus brillantes de l’art islamique. L’art et l’architecture Timurides devinrent source d’inspiration pour nombre de pays, d’Anatolia jusqu’à l’Inde. Bien que l’immense empire de Timur ne perdura pas longtemps, ses descendants continuèrent à régner sur la Transoxiana (Partie de l’Asie centrale formée de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et le Sud-Est du Kazkahstan) comme mécènes de l’art islamique. Sous leurs règnes, l’est du monde islamique devint le centre de gravité de la culture musulmane, avec Herat, la nouvelle capitale Timuride comme point central.

Les gouvernants Timurides faisaient preuve de sympathie envers la culture Perses et ses artistes, architectes, et hommes de lettres qui contribuèrent à leurs haute culture de court. Certains de ces gouvernants furent également de grands mécènes dans les arts du livre, demandant que de nombreux manuscrits soient copiés, compilés et illustrés dans leurs librairies. Du fait du nombre florissant de manuscrits enluminés et illustrés, l’école d’Herat est souvent regardée comme l’apogée de la peinture persane.

La période Timuride vit également de grandes achevées dans d’autres arts luxueux, comme la métallurgie ou le travail du jade. Cette effervescence culturelle trouva son expression ultime auprès de la court du Sultan Husain Baiqara (règne de 1470-1506), le dernier souverain Timuride.

De nombreux princes Timurides furent également de prodigieux bâtisseurs d’institutions religieuses telles que des mosquées, madrasas, couvents ou sanctuaires soufis.

Architecture Sino-Islamique

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La première mosquée de style chinoise fut établi au 7ième siècle Durant la dynastie Tang, au sein de la ville de Xian. Cette mosquée, aujourd’hui connu sous le nom de grande mosquée de Xian, dont les bâtiments actuels datent de dynastie Ming, ne reproduit aucun des schémas traditionnels des constructions des mosquées de Perse, d’Arabie ou d’Afrique du Nord. Au contraire, cette mosquée suit les codes de l’architecture chinoise et se fonde complètement dans le style et le paysage local.

Bien que la plupart des mosquées chinoises aient dans leur architecture de nombreux points communs, elles gardent tout de même dans leur construction un certain reflet de la culture du lieu dans lequel elles furent établies. Aussi, si les mosquées de l’Ouest de la Chine ressemblent davantage à celles du monde Arabe, celles du Nord-Est de la Chine, où vivent les Hui, ont pu pour certaines être combinées au style arabe, donnant des établissements possédant des toitures typiques des temples bouddhistes, tout en côtoyant les dômes décorées de miniatures et les minarets. Ainsi, si l’on part de l’Ouest de la Chine, pour s’enfoncer dans l’intérieur du pays, le style des mosquées changera radicalement, celles de l’Ouest du pays possédant des dômes et des minarets alors que celles de l’Est ressemblant davantage à des pagodes transformées.

L’architecture chinoise est principalement basée sur l’importance de la symétrie, qui se retrouve ainsi marquée dans chaque aspect de la construction des mosquées. Seul les jardins entourant les bâtiments religieux sont l’exception à cette règle, en tendant à être le plus asymétrique possible, le plus souvent dans le but souvent de rendre le jardin le plus naturel et le plus agréable à la vu, comme la nature elle-même.

Autres œuvres architecturales

Il serait impossible de faire une liste complète de toutes les pièces maitresses de l’architecture et de l’art musulman disséminées à travers le monde. Cependant, d’autres œuvres majeurs méritent d’être mentionnées :

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Le Taj Mahal : mausolée blanc bâti sous les ordres de Shah Jahan (1592-1666), souverain de l’empire Mughal (1526-1858) après le décès de son épouse préférée, Mumtaz Mahal. Son style incomparable mêlant les architectures persanes, turques, indiennes et islamiques ont fait que le Taj Mahal soit considéré à juste titre comme « le joyau de l’art musulman en Inde et universellement l’une des pièces les plus admirables du patrimoine mondiale de l’humanité ». Il reste incontestablement l’un des meilleurs exemples de ce que peut produire de mieux l’art musulman.

La mosquée du Sultan Ahmed : également appelée « mosquée bleue », du fait de ses murs intérieurs recouverts de faïences d’Iznik bleues. Construite sous l’empire Ottoman (1453-1923), plus précisément sous les ordres du sultan Ahmed 1er (1590-1617). La construction débuta en 1609 et se termina 1616, ce qui fut un temps record pour l’époque. Cette mosquée reste par son architecture extérieure et intérieure (on retiendra par exemple l’attention toute particulière qu’il fut fait au Mihrab) l’un des monuments les plus impressionnants de la civilisation musulmane.

Auteur: Souhayl.A & Lionel.J
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