Alouites, Khojas, Nizarites et les autres sectes du chiisme

Alouites, Khojas, Nizarites et les autres sectes du chiisme

En complément des branches principales du Chiisme que représentent les Duodécimains ou les Ismaélites, il existe un nombre non négligeable de petits courants chiites bénéficiant de leur propre doctrine et interprétant l’Islam à leur manière, le plus souvent de façon rigoriste voir éloignée de son sens premier.

Les Alaouites

Ce courant est majoritairement représenté en Syrie, où il représente 10% de la population Syrienne, et le long de la frontière Turco-Syrienne. Il puise ses origines de Mohamed Ibn Nousayr al-Namîry, qui s’auto déclara prophète et même l’émanation (Bab) du dixième imam du chiisme duodécimain, Ali al-Hadi, considéré par certains chiites comme une incarnation de l’Esprit Saint.

Cette secte chiite a pour doctrine une approche trinitaire de l’Islam, à savoir une croyance en :
- le Ma’nâ (ou essence divine).
- le Ism (« que l’on peut traduire par Nom, Verbe, ou voix prophétique permettant la révélation du Ma’nâ caché ») ou le Hijab (« Voile »).
- le Bâb (ou « Porte », qui joue le rôle d'initiateur aux mystères de la religion).

Le Ismet le Bâb sont en quelque sorte des hypostases du Ma’nâ (ou consubstantielles, c'est-à-dire littéralement « faisant partie de »). Ali est même considéré comme la manifestation de Dieu sur Terre.

La trinité centrale est toutefois celle qui a Ali pour Ma'nâ, Mohamed pour Hijâb et Salmân al-Fârisî (1) pour Bâb.

Les Alouites rejettent également la Charia, et les obligations de l’Islam tel le Hajj (pèlerinage). Ils possèdent également leur propre livre saint qui vient compléter le texte coranique : le Kitâb al-madjmû'.

Les Nizarites

Il s’agit d’une communauté de chiites ismaéliens, née suite à une scission au sein de la dynastie Fatimide, organisée par Hasan-i Sabbâh en 1094 dans un fort construit sur le mont Alamut. Cette minorité au sein de l’ismaélisme commença alors à étendre sa sphère d’influence sur l’Iran, malgré les attaques répétées de l’empire abbasside bien décidé à mater les rebelles à l’autorité sunnite, qui contrôlaient alors la région.

C’est en 1162 que le plus important bouleversement du dogme Nizârite se produit, avec la proclamation par l’Imam Hasan II, du principe de « Grande Résurrection ». Cette nouveauté consistait principalement en l’initiation des fidèles, par les Imams, au sens caché (« Bâtin ») du texte coranique.

Au 13ième siècle, le courant Nizârite s’affaiblit considérablement suite à l’invasion mongole conduite par Houlagou Khan, et continua à se pratiquer de façon uniquement secrète. Certains des fidèles partirent également émigrer en Inde.

Ce n’est qu’au milieu du 19ième siècle que la communauté des Nizarites retrouva un regain d’influence par la remise du titre d’Aga Khan à Hasan ‘Alî Shâh par le Shah d’Iran en personne. Il fut ensuite contraint de quitter le pays pour se rendre en Inde et les britanniques, qui colonisaient à l’époque les Indes, usèrent de leur pouvoir en place pour tenter de le faire accepter par la communauté ismaélite des Khojas. De nos jours, c’est d’ailleurs un successeur d’Aga khan qui contrôle la communauté chiite des ismaélites.

Les Khojas

Ils forment une communauté essentiellement présente dans quelques régions de l’Inde (région de Gujarat, Maharashtra et Rajasthan) et du Pakistan (région de Sindh et de Karachi). Leur pratique religieuse n’est pas clairement définie, aussi certains membres se rapprochent-ils plus de l’Ismaélisme et d’autres du chiisme duodécimain par certaines de leurs pratiques.

L’origine de ce courant religieux remonte au 13ième siècle, lorsqu’un homme, considéré comme un sage (Pîr) par les adeptes, prénommé Sadr al-Dîn, arriva par la route de la soie dans la province du Sindh au Pakistan. Cet homme, qui était le ministre de l’imam Islâm Shâh, étudia pendant longtemps les pratiques religieuses des communautés hindoues telles que les Thakurs.

Ces derniers croyaient que leur Dieu, Vishnu, s’était déjà manifesté sur Terre à neuf reprises sous forme d’avatars, et ils attendaient la dixième manifestation de leur divinité. Sadr al-Dîn leur expliqua alors qu’Ali était en fait le dixième avatar de Vishnu, et leur enseigna par la même les fondements de l’Ismaélisme. Il se servit donc de ses connaissances de la religion hindoue et de ses rites pour convertir progressivement les hindous à sa religion. Les hindous ainsi convertis prirent le nom de Khojas (qui vient du mot perse Khawâja, qui signifie seigneur ou maître).

Durant cinq siècles la communauté continua de s’agrandir, et ce jusqu’à l’arrivée de Agha Khan Ier, gouverneur de la province de Kirman et 46ième imam de la communauté ismaélienne. En 1843 Khan Ier adopta une politique autoritaire qui participera fortement à la dispersion des Khojas en divers groupes.

Ainsi, certains Khojas comme les Bâr Bhâi rejoignirent finalement le courant islam Sunnite et d’autres le chiisme duodécimain. Mais ce sont les ismaéliens qui représentent le plus grand nombre des Khojas, avec environ dix millions d’adeptes, suivi par les Duodécimains (quelques centaine de milliers) et les sunnites (quelques milliers).

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(1) Compagnon du prophète d’origine perse, il fut l’inspirateur du plan de la fameuse bataille dit de « Al Khandak », en référence au fossé creusé par les musulmans aux alentours de Médine pour protéger la cité de l’armée Mecquoise, alors supérieure en nombre.

Les Kaysanites

Le Kaysanisme représente un courant ultra minoritaire du Chiisme. Cette secte peut être considérée comme éteinte, car de nos jours elle n’est plus réellement représentée par une ethnie ou un pays particulier sur la scène mondiale.

Ce courant séparatiste chiite s’est créé autour de la personne de Muhammad Ibn al-Hanafiyyah, fils d’Ali Ibn Abu Talib, et d’une de ses épouses, prénommée al-Hanifiya.

Contrairement au chiisme duodécimain, ce courant ne reconnaît que quatre imams, soit :
- Ali Ibn Abu Talib
- Hassan fils d’Ali Ibn Abu Talib
- Hussein fils d’Ali Ibn Abu Talib
- Muhammad Ibn al-Hanafiyyah

En 685, éclata la révolte des Chiites contre les Omeyyades à Koufa, afin de venger la mort de Hussein, mort en martyr à Kerbala cinq ans plus tôt. Cette opposition fut sévèrement réprimée, aussi Muhammad Ibn al-Hanafiyyah décida, avec le soutien de son ami al-Muktâr, de lancer un nouveau mouvement religieux, susceptible à terme de s’imposer face aux Omeyyades. Muhammad Ibn al-Hanfiyyah fut proclamé Imam, et ainsi naquis le Kaysanisme.

Il mourut en l’an 700 à Médine, mais de part son statut d’imam, beaucoup de ses fidèles soutinrent qu’il n’était pas décédé, mais en occultation. Pour certains, Muhammad Ibn al-Hanfiyyah était le fameux Mahdi souvent cité dans l’eschatologie musulmane, chargé de revenir à la fin des temps délivrer les musulmans de l’oppression dont ils seraient l’objet. Pour d’autres, c’est son fils Abû Hâchim qui devenait à son tour Imam.

Les Kaysanites, en plus d’être les premiers à introduire le principe de l’occultation dans le Chiisme, employèrent le concept de missionnariat pour répandre leurs idéaux à travers la Oumma. De même, malgré leur faible nombre, ils eurent un rôle décisif lors de la révolution de la dynastie Abbaside envers les Omeyyades en 750.

Autres sectes Chiites

- Les Druzes : Les adeptes de cette religion inspirée de l’islam, présents en Israël (118 000 environs), Jordanie (environ 20 000), Syrie (environ 280 000) et au Liban (environ 350 000), pratiquent maintenant un rite qui n’a plus rien à avoir avec l’islam. Leur croyance est basée sur la métempsychose (croyance selon laquelle l’âme peut se déplacer d’un corps à un autre, qu’il soit animal ou végétal).

Il n’y a ni lieu de culte ni de liturgie particulière chez les Druzes, aussi leur dogme ne se transmet-il que de fidèles en fidèles par des formes de rites initiatiques. La Charia est également rejetée par les Druzes.

Le rattachement de cette secte au Chiisme vient du fait que ce sont deux ismaéliens du nom de Hamza (un Persan) et de ad-Darazî (un Turc), en l’an 1071, qui eurent l’initiative de créer cette secte, suite à la mort du calife al-Hakim bi-Amr Allah de la dynastie des Fatimides, dont ad-Darazî était le vizir. Il se fit alors proclamé d’épiphanie divine, investi d’un savoir métaphysique supra rationnel, et c’est ainsi que le mouvement des Druzes, dont le nom provient d’une dérivation de « ad-Darazï », fut fondé.

- Le Shaykisme : Branche spirituelle du chiisme duodécimain, fondée par Sheikh Ahmad Ahsâi, au début du 19ième siècle. Le point de départ de la création d’une telle école vient de la volonté de rétablir la tradition du chiisme qui aurait subie de multiples altérations au cours des années.

Pour les adeptes du Shaykisme, la certitude a une place primordiale au sein du fiqh. Aussi, la lecture du Coran, des hadiths prophétiques et les paroles d’imams reconnus, servent de base à leur jurisprudence. La volonté de s’attacher au Coran s’appuie sur la découverte perpétuelle de nouveaux sens au sein du texte sacré, et qui viennent éclairer les problèmes divers rencontrés au fil du temps.

4 piliers constituent le fondement de la doctrine Shaykhie :
- l’attestation de l’unicité divine (Tawhid)
- l’assimilation de la mission prophétique des différents prophètes et surtout celle de Muhammad (PBSL).
- l’acceptation des différents imams reconnus par le Shaykisme ainsi que de Fatima, la fille du prophète Muhammad (PBSL).
- la reconnaissance du Bab (Porte), ou l’imam dépositaire du sens caché des textes divins, qu’il a hérité du précédent chef religieux.

Auteur: Souhayl.A & Lionel.J
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