Le parti d’Ali, premier chiisme de l'Islam

Le parti d’Ali, premier chiisme de l'Islam

La succession à la mort du prophète

A la mort de Muhammad (PBSL) en 632 après JC, de nombreuses contestations éclatèrent au sein de la communauté des musulmans dans la cité de Médine, quant au successeur à désigner.

Alors que certains désignaient Abu Bakr Al Siddiq (1) ou Umar Ibn Al Kattab (2) comme successeurs potentiels, un groupe minoritaire prit comme position d’élire Ali, le jeune cousin du prophète de Dieu, comme légitime successeur de Muhammad (PBSL). Ce sont ces personnes, que l’on appellerait plus tard les « partisans d’Ali », ou « Chii’at Ali » (3)

Néanmoins, après de longues discussions, il fut décidé que ce serait un membre de la Oumma, n’appartenant pas à la famille du prophète de Dieu (PBSL), qui serait désigné comme Calife, et le choix de la communauté se porta finalement sur Abu Bakr, ami intime du prophète (PBSL) désormais disparu. Abu Bakr fut désigné par un comité composé d’anciens compagnons de Muhammad (PBSL) parmi lesquels figuraient Umar Ibn Al Kattab et Uthman Ibn Affan (4). Tous pensaient en effet que ce musulman d’une extrême piété, bénéficiant d’immenses qualités comme sa grande générosité et son dévouement pour ses frères en religion, était à même de remplir parfaitement le rôle de Calife.

Arguments en faveur de la succession d’Ali

Selon les Chiites, la nomination au poste de Calife revenait naturellement à Ali, car il disposait de qualités indispensables pour assurer la succession au prophète de Dieu (PBSL), et qui peuvent être énumérées ainsi :
- Il est membre de la famille de Muhammad (PBSL) « Min Ahl Al Bayt »
- Son père Abu Talib a élevé et protégé le prophète de Dieu (PBSL) jusqu’à sa mort. (5)
- Ali a épousé Fatima la fille de Muhammad (PBSL) (6), qui lui a d’ailleurs donné deux fils, Hassan et Hussein.

Mais un des arguments les plus importants est que selon un hadith certifié par Al Boukhari, le prophète de Dieu (PBSL) aurait dit d’Ali : « Je suis la cité de la science et Ali est sa porte », ce qui conférerait à Ali un statut particulier du fait que le compliment soit venu de la personne du prophète (PBSL). Selon les chiites, Muhammad (PBSL) ayant été désigné comme prophète par Dieu, il serait normal que son successeur soit un homme dont Dieu inspire son choix au prophète.

D’autres arguments, la plupart à consonance fallacieuse et dépourvus d’objectivité, donnent également à Ali une préséance dans la Oumma comme ceux qui font référence au fait qu’Ali aurait bénéficié, de par son compagnonnage avec le prophète de Dieu, de la « lumière Mohammadienne » ( Al-nour al-Mohammedi ) et qu’il aurait également eu l’accès au « Batin al-quran », c'est-à-dire au sens caché du Coran, alors que Muhammad (PBSL) n’aurait eu accès qu’au « Dhahir », soit le sens apparent du texte Divin.

Ali relève ainsi pour son parti du caractère d’Imam infaillible, guide suprême de la Oumma disposant de connaissances supra rationnelles.

Ces derniers arguments sont considérés erronés et comme très graves pour les Sunnites, dans la mesure où ils portent atteinte à l’image même du prophète Muhammad (PBSL) qui est le seul de par son statut de dernier prophète désigné pour l’humanité, à être dépositaire d’une partie de la science du texte coranique.

 

(1) Se référer à notre article sur l’ami intime du prophète (PBSL) et le premier calife de l’Islam. >>
(2) Se référer à notre article sur le deuxième calife de l’Islam >>
(3) Le terme « Chiite » est également utilisé dans le Coran pour distinguer ceux parmi les hébreux qui restèrent fidèles à Moïse ou ceux qui crurent en la prophétie d’Abraham et de Noé. Ce n’est qu’après la mort du prophète (PBSL) qu’il sera utilisé pour qualifier une branche distincte au sein de l’Islam.
(4) Se référer à notre article sur le troisième calife de l’Islam. >>
(5) Se référer à notre article sur l’oncle du prophète de Dieu >>
(6) Se référer à notre article sur la fille du prophète de Dieu >>

L’élection et la mort d’Ali

Pendant les trois califats qui précédèrent la logique nomination d’Ali comme quatrième et dernier Calife guidé de l’Islam « Khalifa al rachid », les Chiites continuèrent à se regrouper, et formèrent un groupe de plus en plus nombreux et influant au sein de la Oumma.

En revanche, bien que le titre de Calife lui revienne logiquement de droit, Ali essuya de nombreuses critiques de la part du clan des Omeyyades (7) et de proches compagnons du défunt prophète Muhammad (PBSL), et de sa femme Aïcha (8), qui réclamaient sa destitution, en grande partie à cause de son laxisme à faire venger l’assassinat de son prédécesseur, le calife Uthman Ibn Affan. Son plus grand rival n’était autre que Muawiya ibn Abî Sufyan (9), gouverneur de Damas et chef du clan des Omeyyades, dont l’ambition secrète fut toujours d’être nommé calife en place d’Ali.

C’est ainsi qu’après moult périples (10), la communauté des croyants commença à se fissurer pour laisser Ali seul à la tête d’une poignée d’hommes, et ayant perdu une grande partie de son influence au sein de la Oumma. En outre, il fut assassiné au sein de la mosquée de Kufa, un vendredi, à l’heure de la prière, par Abderrahman Ibn Mouljam (11).

La mort du dernier calife issu des proches compagnons du prophète de Dieu (PBSL) porta un grand coup à la Oumma et contribua à finaliser sa division, ce fut alors la Fitna. Ainsi, les Chiites voulurent que ce soit Hassan, le fils aîné d’Ali qui soit nommé, alors que Muawiya bénéficiait au contraire du soutien de la plus grande majorité. L’élection de ce dernier au titre de Calife fut ainsi considérée par les Chiites comme un acte d’une grande gravité, ce dernier ayant été un farouche opposant à Ali.

Le clan des Omeyyades pouvait donc commencer à régner sur l’empire musulman, et les Chiites devaient se contenter de suivre Hassan, qui malgré son éviction gardait un semblant d’influence dans la Oumma, et était désormais porteur du titre de second Imam. Il est à signaler que le mot imam ne prendra pas la même signification chez les Sunnites qui l’utiliseront pour désigner simplement la personne qui dirige la prière

Le Chiisme : seconde branche de l’Islam

L’imam est, pour les Chiites, celui qui a la charge de continuer la mission du prophète Muhammad (PBSL). Son pouvoir est aussi bien spirituel, étant considéré comme infaillible, que temporel, puisqu’il ne doit prendre fin qu’à sa mort.

Aussi, à la mort d’Hassan, empoisonné par Muawiya en 670, Hussein lui succédera, et rompit avec le califat en place, lorsque Muawiya décida de donner une partie du pouvoir à son fils Yazid 1er en 678, un homme dont le comportement serait à l’opposé de celui d’un bon musulman selon la tradition Chiite.

Pourtant c’est ce dernier qui jouera un rôle très important dans l’histoire du Chiisme, en déclenchant la bataille de Kerbala le 10 octobre 680, contre Hussein et sa famille. Le troisième Imam mourra au cours de l’affrontement, en martyr selon les chiites, et ce triste jour reste commémoré chaque année par la célèbre manifestation chiite de l'Achoura, ou entre autres des scènes d'autoflagellation sont observées...

Le martyr, véritable symbole de la lutte contre l’injustice pour les Chiites, devint leur leitmotiv principal et leur culte instauré. De même, le divorce entre Chiisme et Sunnisme était dorénavant complètement consommé. Ces derniers restaient toutefois les maîtres du califat et les véritables représentant du pouvoir au sein de la Oumma.

Auteur: Souhayl.A & Lionel.J
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(7) C’est le nom de la dynastie des califes sunnites qui régnèrent de 661 à 750, et qui tiennent leur origine de leur forte liaison au troisième calife de l’Islam Uthman Ibn Affan. A la suite de son assassinat, ces personnes réclamèrent vengeance auprès du calife Ali.
(8) Se référer à notre article sur la troisième femme du prophète de Dieu (PBSL). >>
(9) Se référer à notre article sur le califat d’Ali et l’opposition de Muawiya. >>
(10) Se référer à notre article sur la bataille de Siffin. >>
(11) Se référer à notre article sur la mort d’Ali. >>