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    Nétanyahou valide la création d’une nouvelle colonie, une première depuis 25 ans

    Planifiée dans la vallée de Shilo en Cisjordanie, la future colonie résulte d’une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé début février.

    L’annonce est tombée tard dans la soirée, jeudi 30 mars, au terme de plusieurs heures de discussion en conseil de sécurité, autour de Benyamin Nétanyahou. Pour la première fois depuis 1992, le gouvernement israélien a décidé d’autoriser l’établissement d’une nouvelle colonie en Cisjordanie, dans la vallée de Shilo. Cette mesure était une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé sur décision de justice début février.

    Elle intervient alors que les consultations diplomatiques s’intensifient, à l’initiative des Etats-Unis, pour relancer un semblant de processus politique entre les acteurs du conflit israélo-palestinien. En recevant M. Nétanyahou à la Maison Blanche, le 15 février, Donald Trump avait demandé à Israël de la « retenue » dans le développement des colonies. Mais une telle annonce jeudi n’aurait pu être faite sans consentement américain.

    Depuis les élections de mars 2015 et l’émergence du gouvernement le plus à droite de l’histoire, jamais encore les colons n’avaient bénéficié d’une telle influence en Israël. Selon le Bureau central des statistiques, la construction de 2 630 logements a débuté en Cisjordanie au cours de l’année 2016, soit une hausse de 40 % par rapport à 2015. Depuis que M. Nétanyahou est redevenu premier ministre en 2009, plus de 14 000 nouveaux logements ont été mis en chantier. Si en 25 ans, aucune colonie nouvelle n’avait été approuvée, celles existant déjà ont été souvent étendues. En outre, des dizaines d’avant-postes – colonies sauvages, établies sans autorisation des autorités – ont été régularisées au cas par cas.

    Double pression pour Nétanyahou

    C’est par « amour des colonies », selon sa formule du 18 décembre, que le premier ministre a cherché pendant des mois une formule pour satisfaire les familles d’Amona, au lieu de simplement exécuter l’ordre d’expulsion imposé par la Haute cour de justice. Les 50 familles d’Amona ont été évacuées le 2 février. Le 15 mars, leurs représentants ont rappelé par écrit à M. Nétanyahou ses engagements à leur égard. Ils ont lancé un avertissement : si le premier ministre ne validait pas la création d’une nouvelle colonie, ils en prendraient l’initiative par la force.

    Mais à cette pression de la droite nationale religieuse répond une autre, celle de Washington. Convaincu de pouvoir pousser les deux acteurs du conflit à un accord final, Donald Trump a dépêché l’un de ses proches, l’avocat Jason Greenblatt. Sans connaissance de la région, celui-ci a fait preuve d’habilité en rencontrant tous les acteurs, des représentants de la société civile palestinienne jusqu’à ceux des colons. Il a documenté ses différents entretiens au gré de tweets et de photos, sans jamais employer l’expression « solution à deux Etats ». Il s’est aussi rendu le 29 mars au sommet de la Ligue arabe, comme « observateur ». La Maison Blanche compte beaucoup sur le soutien de l’Arabie Saoudite, de l’Egypte et de la Jordanie pour pousser l’Autorité palestinienne au compromis. Le roi Abdallah de Jordanie sera reçu à la Maison Blanche le 5 avril, deux jours après le président Sissi.

    Mais du côté israélien, M. Nétanyahou pense à sa survie. Il veille sur l’électorat que représentent les 400 000 colons en Cisjordanie, qu’il se dispute avec le Foyer juif de Naftali Bennett. « Bibi ne veut renoncer à rien à cause de sa coalition, explique au Monde la députée travailliste Ksenia Svetlova. Je suis très pessimiste. La droite et le centre ne parlent même plus d’un Etat palestinien. Quant à la solution régionale, elle parait encore moins crédible qu’avant. Les Etats arabes sont faibles et ne peuvent donner de garanties de sécurité à Israël. Ni le roi Abdallah, ni le président Sissi ne peuvent pousser Mahmoud Abbas à accepter par exemple l’abandon du droit au retour des réfugiés. »

    Le développement des colonies négocié

    Pour l’heure, le premier écueil se situe dans les discussions entre Américains et Israéliens. Un groupe de travail a été mis en place pour définir le périmètre et les règles dans le développement des colonies. Le chef du bureau du premier ministre, Yoav Horowitz, et l’un de ses plus proches collaborateurs, l’ambassadeur à Washington Ron Dermer, conduisent les négociations du côté israélien. Pas question de gel, comme l’avait obtenu Barack Obama, pour dix mois, en novembre 2009.

    Il s’agirait d’autoriser les constructions à Jérusalem-Est et dans les grands blocs en Cisjordanie, comme Ariel ou le Goush Etzion, qui seraient annexés par Israël dans le cadre d’un règlement final. En revanche, pas de nouvelles constructions dans les colonies isolées et les avant-postes très au-delà de la ligne verte, croit savoir la presse israélienne. Une référence historique pour ce genre de discussions bilatérales est l’échange de lettres entre Ariel Sharon et George W. Bush, en avril 2004. Le premier ministre israélien de l’époque, qui avait décidé un retrait unilatéral de la bande de Gaza, s’était engagé à des « limitations dans la croissance des colonies » et à un « démantèlement des avant-postes non autorisés » en Cisjordanie.

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    Dernière mise à jour : 01/08/2014 - Nombre visiteurs : 3742091
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