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    Naissance du mouvement Sioniste

    Par Bernard Ravenel

    « Je le sais, ce sujet est un champ de mines à traverser, un sujet à risque comme on dit, au mieux un rideau de fumée qui enveloppe les rapports entre Israéliens et Palestiniens. Et en même temps, ne pas vouloir traverser ce champ ou percer ce brouillard, c’est renoncer à une tâche nécessaire si on veut une évaluation lucide du conflit et de ses issues possibles. Si le conflit israélo-arabe et le conflit israélo-palestinien qui en est le cœur existent indépendamment de la question juive, on est obligé de remonter à celle-ci pour comprendre les origines de ces conflits. D’où l’incontournable nécessité de l’approche historique. »

    Le contexte idéologique européen et le sionisme

    Le sionisme a surgi et triomphé - après avoir été long- temps minoritaire - à un moment particulier de l’histoire mondiale comme de l’histoire juive. L’origine géographique et chronologique du terme même de sionisme est très significative. C’est un journaliste juif autrichien, Nathan Birnbaum, qui en 1880 invente le terme. Ainsi le sionisme - qui se donne pour objet le regroupement des Juifs dans un État purement juif où l’antisémitisme serait par définition absent - est né à la fin du XIXe siècle en Europe centrale au point de rencontre entre l’Europe orientale et l’Europe occidentale. Or toute l’Europe a connu pendant tout ce siècle des bouleversements politiques et idéologiques révolutionnaires qui conditionneront l’idéologie nationaliste juive émergente.

    Le nationalisme en Europe

    À la fin du XIXe, l’Europe connaît au moins deux conceptions du nationalisme, l’une de matrice française, l’autre de matrice allemande, tandis qu’en Italie s’affirme un nationalisme original.

    Le nationalisme politique français : le droit du sol

    En France, la Révolution de 1789 a substitué à l’idée de l’État comme domination personnelle du monarque celle de la souveraineté nationale. Contre le fondement de l’État patrimonial de la féodalité, le nationalisme de la bourgeoisie révolutionnaire influencée par Rousseau se réfère à une communauté proprement politique avec pour principe l’exigence d’autodétermination de la nation française, c’est-à-dire du peuple comme notion territoriale et politique sans aucune connotation raciale-ethnique ou même linguistique. Tels sont les fondements du droit du sol.

    Le nationalisme organique allemand : le droit du sang

    En Allemagne, on assiste au glissement d’une acception de la nation comme essentiellement politique vers une acception ethnique qui prend corps à l’époque romantique.

    La nation est liée à des caractéristiques ethno-linguistiques communes à un groupe d’individus. Pour les penseurs allemands de l’époque (Herder, etc.) les caractéristiques spirituelles d’un peuple - en particulier la langue - sont indestructibles. La langue joue pour eux une fonction analogue à celle que joue pour d’autres le caractère comme manière de penser de l’individu. Nation et langue manifestent un lien si étroit qu’il exprime une « loi de nature ». On tend vers une approche « biologique » de la nation, vers une vision de la culture nationale comme très liée à l’hérédité génétique : les fondements du droit du sang.

    La force vitale de la nation est liée à un rapport avec le religieux, avec Dieu comme force animatrice que l’on peut trouver dans chaque acte. D’où un mélange de raisons mystiques et d’hérédité « naturelle ». Pour Herder, chaque peuple est appelé par la Providence à remplir sa propre mission... une sorte de prophétie qui prédit un avenir lumineux aux peuples encore dominés. Ce nationalisme ethnique aura une énorme influence dans les peuples slaves et sur le sionisme.

    Le nationalisme italien : Mazzini, nation et universalisme

    Le volontarisme de Mazzini place la nation dans une perspective universaliste. La nation-patrie italienne comme association d’hommes libres et égaux, comme médiation entre individus et humanité, sera réalisée par l’unification italienne mais comme une étape vers la nation « universelle » que constitue l’humanité.

    Pour résumer, on peut estimer que le nationalisme juif moderne s’est constitué à partir de trois sources européennes : française, le droit à l’autodétermination, allemande, sa nature ethnique, et italienne, sa nature exemplaire de valeur universelle.

    En même temps, du fait de l’influence du socialisme européen, le sionisme s’est présenté comme une fusion originale entre nationalisme et socialisme.

    Le socialisme en Europe

    L’idéologie socialiste et son message d’émancipation sociale auront un énorme impact dans les communautés juives d’Europe. La diversité des idéologies se référant au socialisme (socialisme utopique, marxisme, anarchisme, austro-marxisme, léninisme) se retrouvera chez les Juifs, y compris dans l’idéologie qui lui est en principe contradictoire, le sionisme. En Russie, la majorité des Juifs se retrouvera dans des organisations socialistes non sionistes. La plus significative aura été le Bund, mouvement antisioniste né en 1897 pour promouvoir dans la diaspora une autonomie culturelle fondée sur le yiddish.

    Le contexte impérialiste et l’idéologie coloniale européenne au XIXe siècle

    Le mouvement sioniste, avec sa volonté d’installer une nation juive hors d’Europe naît à l’époque de l’expansion coloniale et du triomphe de l’idéologie coloniale, y compris dans le mouvement socialiste. Plus précisément, le sionisme s’affirme dans le cadre de l’assaut européen sur l’empire ottoman, « l’homme malade de l’Europe », et dans un mouvement idéologique de valorisation-banalisation de la colonisation comme exportation d’un mouvement porteur de progrès dans les sociétés colonisées.

    En même temps, sans l’appui de la force dominante de l’expansion coloniale qu’a été l’Angleterre, le mouvement sioniste n’aurait pu réussir. La nature du projet sioniste - fonder une colonie de peuplement juive - s’insère directement dans le sillage de l’expansion coloniale européenne. Théodore Herzl a pensé calquer la colonisation juive sur le modèle des compagnies à charte britanniques.

    Les intellectuels organiques du sionisme : la formation de l’idéologie sioniste

    Les bouleversements de la situation concrète des Juifs européens sur les plans économique, social, politique et idéologique au XIXe siècle créent les conditions d’une évolution radicale des conceptions idéologiques dans les populations juives en Europe. En même temps, le processus enclenché par la Révolution française (qui libère les Juifs en tant qu’individus et non comme communauté particulière), relayé par le mouvement socialiste, conditionne l’histoire juive moderne. Sur le plan politique-idéologique, le facteur principal est l’émergence d’une intelligentsia juive sécularisée issue du mouvement des Lumières. C’est la Haskala qui sera le moteur d’un mouvement de pensée qui va transformer le mythe religieux juif en mythe national de nature séculière. Le sionisme n’est pas loin.

    Pour fixer le mouvement d’idées qui aboutit à la constitution de l’idéologie sioniste, on se limitera ici à présenter les auteurs des ouvrages les plus significatifs.

    Moses Hess (1812-1875). Juif allemand né à Bonn dans une famille qui a refusé de se convertir au christianisme. Après une éducation judaïque (Bible, Talmud...) il est influencé par les idées socialistes qui l’amènent à un engagement révolutionnaire dans la mouvance des Jeunes Hégéliens. Mais l’échec de la Révolution de 1848 l’amène à tourner son regard vers l’Italie et le mouvement nationaliste tout se réintéressant à l’avenir des Juifs. En 1862 sort son livre majeur, Rome et Jérusalem. Pour lui, après la libération et l’unification de l’Italie, viendra le tour des nations d’Orient et parmi elles celle de l’antique peuple d’Israël. On retrouve là une sorte de messianisme.

    Léo Pinsker (1821-1891). Médecin d’Odessa, ancien militant pour la promotion de la culture parmi les Juifs, pour l’éducation par la langue et par la modernisation. Mais les pogroms de 1881 l’amènent à reconsidérer à la racine le problème juif. Une double phrase célèbre fixe bien son état d’esprit d’alors : « Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? Si ce n’est maintenant, quand ? » En 1882, il sort son livre fondamental au titre significatif : Autoémancipation. Dans cet ouvrage, il défend l’idée d’une reconstruction interne et externe permettant aux Juifs de se réaffirmer comme nation, de reprendre place dans l’Histoire. Pour y parvenir, il propose un congrès des notabilités juives. À la différence de Moses Hess, il est mû par un sentiment d’urgence en raison de la violence antijuive qui s’exprime en Russie. Il se prononce donc pour le droit des Juifs à disposer d’eux-mêmes sans préciser la Terre Sainte comme territoire de réalisation de ce droit. Une « Terre à nous » demande-t-il de manière générique. C’est la formulation laïque du sionisme politique.

    Par la suite, Léo Pinsker va animer le groupe des « Amants de Sion » qui sera acquis à l’idée que l’autonomie juive devait se chercher en Palestine. Le comité d’Odessa des Amants de Sion devint le centre du sionisme russe et fait de la propagande en faveur de l’établissement en Palestine. En 1882-83, une première Aliya (vague d’immigration), composée de vingt-cinq mille Juifs de Russie, de Roumanie et du Yémen, part alors en Palestine pour y constituer les premières communautés et y travailler de leurs mains. C’est ce qu’on a appelé le « sionisme pratique » par rapport au « sionisme politique » de Théodore Herzl.

    Théodore Herzl (1860-1904). « À Bâle, j’ai fondé l’État juif », écrit Théodore Herzl après le premier congrès sioniste mondial qui s’est tenu en Suisse à l’été 1897. Journaliste hongrois, docteur en droit, influencé par les Lumières, plutôt assimilé, Théodore Herzl, déjà inquiet de la montée de l’antisémitisme à Vienne, découvre en suivant l’affaire Dreyfus pour son journal que « le peuple français, en tout cas dans sa grande majorité, ne veut pas que les droits de l’homme s’étendent aux Juifs. L’édit de la Révolution a été révoqué ».

    Dans son livre fondateur, L’État des Juifs, il défend le sionisme comme solution politique à la question juive. Il estime essentiel pour le succès du sionisme l’appui d’une grande puissance en faveur d’un État juif. Sinon toute implantation d’un État juif serait fondamentalement impossible.

    En outre, Théodore Herzl est poussé par un sentiment d’urgence. Il perçoit, à travers le refus du Juif, par tous les nationalismes européens, la précarité de sa situation, y compris physiquement. Théodore Herzl semble avoir pressenti le judéocide du XXe siècle. Pour répondre à l’urgence de la création de cet État des Juifs, Théodore Herzl propose la constitution d’une société par actions, « Jewish Company » pour acheter des terres, et une Organisation sioniste mondiale.

    Ahad Haam (1856-1924). À ce même Congrès de Bâle, un participant reste assis dans son coin, solitaire, porteur d’une autre conception du projet nationaliste juif : c’est Ahad Haam, d’origine ukrainienne, de son vrai nom Asher Ginsberg, rabbin agnostique. Très cultivé, il fut la principale figure intellectuelle du sionisme russe après la mort de Léo Pinsker. Attribuant une dimension centrale au renouveau culturel national, il est le fondateur du sionisme « spirituel ». Il s’agit pour lui de ramener du ciel sur la terre la foi juive, « désenchantant » le mythe ethnique. Dans son essai intitulé Moïse, en 1904, il défend l’idée que le salut d’Israël vient des prophètes - et non des diplomates (comme le voudrait Théodore Herzl). Il était influencé par la vision allemande d’Herder. Pour lui, seul le renouveau de la culture hébraïque, par une littérature en hébreu, permettrait celui de la nation juive.

    La tentative de synthèse entre idées socialistes et sionisme : le sionisme socialiste

    Nahman Syrkin (1868-1924). Socialiste, présent au Congrès de Bâle, Nahman Syrkin y a défendu les thèses de l’opposition socialiste. Dans son pamphlet intitulé La Question juive et l’État juif socialiste, il mélange nationalisme et notions socialistes et affirme qu’« une société sans classes et la souveraineté nationale... sont les seuls moyens de résoudre entièrement le problème juif ». Il en appelle au mouvement sioniste pour lancer un programme de « colonisation socialiste à base d’établissements communautaires ».

    Ber Borokhov (1881-1917). Intellectuel radical ukrainien issu d’une famille d’Amants de Sion, influencé par le marxisme, Ber Borokhov cherche dans son essai La question nationale et la lutte des classes (écrit en 1905), à étendre les termes du discours marxiste pour expliquer l’existence des nations et du nationalisme. Pour lui, il n’est pas suffisant de parler des rapports de production pour déterminer l’appartenance de classe, il faut ajouter « les conditions de production géographiques, anthropologiques et historiques » qui expliquent l’existence des nations. Pour lui donc, un peuple disséminé comme les Juifs ne peut développer sa conscience nationale et sa conscience de classe que très difficilement. La réalité économique et de classe de l’existence en diaspora était donc nécessairement précaire et même destinée à se dégrader. D’où, selon Ber Borokhov, le caractère inévitable d’une migration des Juifs vers la Palestine où le prolétariat juif pourra mener sa lutte des classes dans des conditions normales comme tous les autres prolétariats nationaux et solidairement avec eux. C’est le « sionisme marxiste ».

    On mesure ainsi la pénétration du nationalisme juif dans la classe ouvrière juive. En même temps, le développement d’un puissant courant antisémite au sein même des classes ouvrières d’Europe renforce cette pénétration. Il faut remarquer que malgré l’antisémitisme ambiant et croissant en Europe, le courant sioniste au sein de la population juive d’Europe est resté minoritaire jusqu’à la veille de la Deuxième Guerre mondiale.

     

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    Dernière mise à jour : 01/08/2014 - Nombre visiteurs : 4144347
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